
Je vous livre ici une chronique gourmande avec un clin d’œil complice et une pointe de malice… On y sent déjà le canard, la conversation et le décor plein d’âme… Un diner improvisé, quelques vérités échangées et un Vacqueyras pour lier le tout. Chronique d’un moment où la parole se libère aussi bien que les arômes !
J’ai rendez-vous aujourd’hui avec l’un de mes miens neveux. Besoin de se voir. Besoin de parler. Besoin d’échanger. Bref, un de ces moments où l’on refait le monde… ou tout du moins le menu. Et quoi de mieux qu’une table pour ça ? Les grandes décisions de la vie se prennent rarement debout.
Rendez-vous de dernière minute oblige, trouver deux couverts disponibles relève parfois du sport olympique. Google étant mon fidèle allié numérique, je lance une recherche au cœur de la Cité Ardente. Plusieurs options s’offrent à nous… et je finis par réserver chez Nathalie. Le nom m’est familier, la réputation aussi, un peu comme ces bouteilles qu’on garde en tête pour « le jour où… ». « Pourquoi pas ? » se dit le Gourmandiseur. N’oubliez pas qu’il ne faut jamais contrarier le Gourmandiseur… (Smiley !)
J’arrive le premier. J’en profite pour mitrailler l’intérieur, pour des raisons purement journalistiques, bien évidemment. Deux rangées de tables, un couloir central, et une collection d’objets qui aurait fait pâlir la rubrique-à-braque de ma grand-mère : phonographe, miroirs, plaques publicitaires, photos anciennes, balance d’époque, caquelons… Un joyeux capharnaüm organisé, comme si chaque objet avait une anecdote à raconter, voire peut-être un secret à garder.
Nicolas arrive. Nous ne perdons pas de temps, un Bergerac blanc « Château les Fontenelles » 2023 ouvre le bal. Belle acidité, nez légèrement vert, de la mâche qui réveille les papilles avec délicatesse mais fermeté. Le vin qui vous dit : « Allons-y, les choses sérieuses commencent. » Nous passons commande car le restaurant se remplit à une vitesse… v-v’ (oui, celle-là même). En quelques minutes, presque complet. Beaucoup d’habitués manifestement… des bisous, des « tu vas bien ? », des prénoms qui fusent, des hugs… Ici, on ne réserve pas seulement une table, on retrouve une tribu.
La carte, enrichie de quelques suggestions, finit de nous convaincre. En entrée, je choisis les raviolis à la truffe, parce que la truffe et moi, c’est une longue histoire d’amitié fidèle. Mon mien neveu opte pour un camembert rôti au thym et au miel. À la louche, s’il vous plaît. Un choix qui sent bon la générosité et l’absence totale de culpabilité. Verdict : fort bon. Ça tient au corps, ça réchauffe les cœurs et ça prépare admirablement la suite.
Pour le plat, Nicolas joue la valeur sûre : filet pur de bœuf Blanc-Bleu-Belge, salade, sauce béarnaise, frites. Le classique des classiques. Celui qui ne trahit jamais, sauf peut-être votre ceinture. De mon côté, le confit de canard maison à la confiture d’oignons, pommes sarladaises et petite salade l’emporte. Fondant, gourmand, assumé. Le genre d’assiette qui vous fait lever les yeux au ciel en silence (et oublier toute dignité l’espace d’un instant).
Pour escorter le tout, un Vacqueyras Beaumirail 2023, niché au pied des Dentelles de Montmirail. Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cinsault : un quatuor qui ne joue pas faux. Un cru conquérant, charpenté, mais avec ce qu’il faut de souplesse pour accompagner la conversation.

