LE CONCORDIA… VIVE MA TANTE, VIVE LA NOUVELLE ZÉLANDE, VIVE L'AMOUR !

On ne vieillit pas, on se bonifie !  Enfin, c’est ce qu’on se répète entre deux verres pour ne pas trop regarder le fond de la bouteille ni celui du miroir.  Ce midi, les Fab’s Four se reforment.  Une bande d’amis qui, à défaut de révolutionner la musique comme leurs homonymes britanniques, maîtrisent à la perfection l’art du miam en mi-majeur.  Comme toujours, nous posons nos séants autour d’une table chargée d’assiettes et de flacons. On ne se refait pas, certains parlent d’amitié, nous, on pratique la gastronomie appliquée.

Aujourd’hui, c’est au Concordia, ce vénérable restaurant liégeois fondé en 1953, qu’on dépose nos valises et nos appétits. Le lieu n’a pas pris une ride (nous bien, mais nous sommes assis dessus, et on assume avec panache et un bon tire-bouchon).

Les retrouvailles sont chaleureuses, bruyantes, un peu désordonnées : un vrai chœur de copains.  L’air sent bon la nostalgie et la sauce meunière.  Et dans ces lieux, on s’attendrait presque à croiser un serveur en chemise amidonnée fredonnant du Brel ou du Moustaki.

Pour se mettre en bouche, un “Réserve La Grangette” du Languedoc – très plaisant, juste ce qu’il faut pour débrider les langues et embuer les souvenirs.  On discute, on plaisante, et si on ne refait pas le monde, on refait au moins la carte.

Les entrées tombent comme un verdict : Escargots de Bourgogne, Scampis, et Cervelle meunière.  La cervelle, c’est pour moi. Il faut savoir entretenir ce qu’on a de plus précieux, même si c’est pané au beurre noisette.

Je choisis cette dernière – il paraît qu’il faut manger ce qu’on veut garder.  Et puis si un jour je perds la tête, au moins je saurai où la retrouver : probablement entre deux assiettes de mes restaurants préférés.

En plat, je persiste et signe… Tête de veau maison. Un choix audacieux, presque militant, probablement parce que je le “veau” bien, évidemment !  Mes compagnons, plus sages, se contentent de Rumsteak, de Lapin aux pruneaux et de Boulets à la liégeoise. Des plats qui sentent bon le dimanche midi et la belgitude assumée.

Côté théorie des fluides, on teste le vin “C’est l’Amour”, un Costières de Nîmes signé Alec Mansion. Le nom nous replonge direct en 1987 : “J’prends l’entrée et puis le plat du jour, c’est l’amour !”  Même Germaine, dans la chanson, va planter sa petite graine. Tout un programme !  Le restaurant tout entier a failli nous rejoindre au refrain.  Le vin, lui, tient la note : fruité, tendre, et avec ce petit goût de “reviens-y” qu’ont les bons souvenirs.

Les frères Mansion – Alec, Benoît et Hubert – avaient monté avec quelques complices le groupe Léopold Nord et Vous. Et ce tube, C’est l’Amour, fut un raz-de-marée franco-belge : paroles décalées, rythme entêtant, et un sourire coincé entre tendresse et folie douce.  1987… Mon Dieu. Près de quarante ans déjà !

On termine dans une dignité relative avec des Irish Coffee pour la forme, puis des Colonels pour la fraîcheur (et la bonne conscience, parce qu’il y a du citron dedans, donc c’est presque détox).

A la table des Fab’s Four, le temps se conserve aussi bien que le vin rouge, bien rebouché, souvent débouché, jamais gâché.

Date de la visite : mercredi 15 octobre 2025 (Déjeuner)

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