
Ce soir, mes amis, nous avons jeté l’ancre en Outremeuse, cette île rebelle coincée entre la Meuse et sa petite sœur, la Dérivation, au cœur de la cité ardente où le cœur populaire de Liège bat à tout rompre. République libre depuis 1927 (parce que rien ne vaut un peu d’indépendance pour pimenter la vie), ce quartier est un cocktail pétillant d’histoire, de culture et de convivialité, assaisonné d’une généreuse pincée d’espièglerie, exactement comme ses plus célèbres habitants, les bien-nommés Tchantchès et Nanesse.
Ah, Tchantchès ! Né miraculeusement le 25 août 760 entre deux pavés (oui, vous avez bien lu, entre deux pavés), le petit bonhomme a immédiatement montré son amour effréné pour le pèket et son caractère à faire frémir un Sarasin. Courage, fronde et liberté : le menu complet ! À ses côtés, Nanesse, sa compagne au caractère de marbre trempé dans le bon sens, la rigueur et le courage. Elle est la vraie chef à la maison, et sa poêle à frire… et bien, elle ne sert pas uniquement à préparer des mets délicieux… Aïe ! Non chou, pas sur la tête, ça fait mal sais-tu bien ? (Smiley !)
C’est dans cette atmosphère chaleureuse et vaguement anarchique que nous avons entamé notre soirée, oscillant entre un Conseil d’Administration – vite expédié, tant nous étions d’accord sur tout – et une tablée de joyeux drilles armés de couverts, prêts à attaquer les préparations traditionnelles de l’auberge éponyme.
La star de la soirée : les joues de cochon à la bière rousse « Nanesse », accompagnées d’une tête de veau rebelle qui ne demandait qu’à être dégustée. Les joues fondent sur la langue comme neige au soleil, le couteau n’étant qu’un accessoire décoratif, et la sauce, délicate et onctueuse, laisse à la bière rousse le rôle de figurante subtile. Même nos sept mercenaires, d’habitude bruyants, se sont plongés dans un silence de recueillement inattendu, autant dire qu’il y avait du miracle dans l’air.
Du côté de la théorie des fluides et pour accompagner ces agapes, nous avons convié nos palais à la dégustation d’un Château Bon Baron « Cantate Forte 2018 », une Côtes de Sambre et Meuse issue de Dinant. Assemblage de Cabernet Dorsat et Pinot Noir, vieilli deux ans en fût de chêne français, il se pavane dans sa robe rouge profond, exhale des arômes de framboise, de cerise, avec un soupçon de bois et d’épices, et se déploie en bouche avec des tanins fins et une longueur à faire pâlir un long-feu. A mes papilles, il mérite encore plusieurs mois de cave pour atteindre l’âge de raison… mais quel joli potentiel déjà !

