
SOI 22… OU L’ART DE TRANSFORMER UNE GALÈRE EN FESTIN !
Dernière matinée de dégustation au Frankfurt International Trophy, palais affûté, papilles en éveil… et cap sur la gare avec une réservation au Sebeta pour une escale éthiopienne qui s’annonçait prometteuse. Sauf que voilà : porte close, rideau tiré et silence radio malgré une confirmation de notre part. Le genre de situation où même un injera n’aurait pas pu éponger notre déception. Ah bin m… alors !
Mais qu’à cela ne tienne, on ne se démonte pas. Caliga bien lacées, regard conquérant, nous voilà en exploration dans les environs de la gare de Francfort-sur-le-Main.
Un pub irlandais ? Refus poli de Maître Pierre.
Un resto marocain ? Blocage diplomatique de votre serviteur.
On avance encore… et là, illumination !
Comme surgie d’une ruelle de Bangkok, une petite pépite thaï : Soi 22. File à l’entrée, succès évident, et derrière nous… une file qui s’allonge comme un jour sans Pad Thaï. Petite parenthèse culturelle, parce qu’on ne nourrit pas que l’estomac : en Thaïlande, un soi désigne une ruelle perpendiculaire à une artère principale (thanon). Autrement dit, un petit chemin qui mène souvent à de grandes découvertes… et celui-ci ne fera pas exception. En résumé… Plan A en rade, plan Thaï en parade (Smiley !)
Nous entrons dans un écrin miniature : tout est petit — la salle, les tables, la cuisine, le personnel… sauf la carte et les assiettes, elles, sont généreuses, presque indécentes… et surtout délicieuses.
En entrées, Wontons vapeur aux crevettes épicées et Wontons croustillants poulet-crevettes. Petite précision pour les néophytes, le Wonton thaï est le cousin ensoleillé du ravioli cantonais, ayant pris quelques vacances prolongées sous les tropiques — et manifestement, il s’y plaît.
En plats, Saeb Haeng pour Maître Pierre (bœuf finement tranché sur lit de pâtes) et Nam Tok pour votre serviteur, à savoir une symphonie carnée entre Wagyu, bœuf braisé, boulettes et abats (tendons, foie et tripes)… bref, un festival qui ferait presque passer un barbecue texan pour une réunion Weight Watchers. Et là… Wahou !
Une cuisine d’une justesse remarquable. Mais suis-je vraiment surpris ? Après trois semaines à sillonner la Thaïlande, du nord au sud et du sud au nord, à raison de deux à trois festins par jour, j’ai acquis une certitude, cette cuisine est faite pour moi. Ou peut-être suis-je fait pour elle… Je commence sérieusement à suspecter un ancêtre siamois quelque part dans mon arbre généalogique.

