
LONDON, DAY #1…
A LA RECHERCHE DE BISMARCK, EPISODE 2 :
LA PRINCESSE DE PRUSSE !
Cela fait belle lurette que je n’ai pas revu mon vieil ami Bismarck, ce cornac polyglotte qui, entre deux numéros de dressage, traduisait Pétrarque en turc à Dunkerque. J’ai pourtant sillonné les terres les plus improbables : Marcq-en-Barœul, la Porte d’Auteuil, Gallipoli, les États-Unis… Rien ! Nada ! Wallou ! Alors, en désespoir de cause, je me suis dit « et si Sa Majesté la Princesse de Prusse savait quelque chose ? » On pousse donc la porte, le cœur battant à l’idée d’un possible rendez-vous manqué… ou d’une idylle naissante.
Le pub, tout ce qu’il y a de plus classique en façade, cache un joyau : une terrasse arrière verdoyante à faire pleurer un jardinier anglais. Certains s’y battraient pour une table, mais nous, The Fabulous Four, y posons nos augustes séants comme s’il s’agissait d’un salon privé à Buckingham, et selon l’adage immobilier, qui s’assied, possède.
À la carte, rien de trop compliqué : on oublie la cuisine thaïe qui s’est glissée là incognito, et on fonce tête baissée vers les « English Favourites ». Ce sera le « Princess of Prussia Burger », le burger royal… bun, bacon, tomate, cornichons, oignons rouges, salade, frites… Du classique, mais efficace. Il fallait bien ça après avoir dompté un cheval noir et un cygne blanc. Seul notre compagnon Waterman osa faire cavalier seul en commandant trois entrées. Mauvaise pioche car bien évidemment, nous avons tous goûté à ses « Fish cakes », « Spare ribs » et « Salt & Pepper Squid », la curiosité, cette maladie incurable.
Petit point académique pour les profanes, les « Fish cakes » sont une sorte d’accras à l’irlandaise, poisson (au choix), oignons, petits légumes, friture à la poêle. Parfait pour picorer entre deux pintes… les « Spare ribs », on connaît, on s’en met plein les doigts et on s’en fout… et le « Salt & Pepper Squid », de la pieuvre sautée au gingembre, ail et poivre vert. Crunchy à souhait, une attaque surprise de l’Atlantique dans l’assiette.
Côté liquides, on reste sobres (façon de parler). Un petit Pinot Noir de France, signé Patriarche Père & Fils, « mûr et fruité » disait l’étiquette, mais bon, on a connu plus inspiré, mais il avait le mérite d’être buvable et… disponible. Ce qui, dans la perfide Albion, est déjà un luxe tarifé à la hauteur de la 17ᵉ lettre de l’alphabet.
Ai-je retrouvé Bismarck ? Non ! Toujours en train de traduire Pétrarque en turc dans un cirque à Dunkerque, m’a-t-on dit. C’est à croire que mon passage au Guatemala, au Nicaragua, aux îles Salomon et dans l’Aveyron, à Porto Rico, à Campoformio, et chez ce Monsieur de Zanzibar qui s’appelle Milton Édouard, n’aura été qu’une vaine quête. Alors j’ai décidé de partir retrouver mon vieux copain Ouimanagadouboudé, sorcier reconverti dans la fanfare des chasseurs à pied entre Tananarive et Bagnolet. On s’accroche à ce qu’on peut.
La Princess of Prussia, quant à elle, est une véritable pépite victorienne, nichée à deux pas de la Tour de Londres et de Tower Bridge. Faïences d’origine, moulures anciennes, bières de chez Shepherd Neame, la plus vieille brasserie du Royaume. Ambiance boisée, chaleureuse, presque hors du temps. L’endroit rêvé pour reprendre son souffle entre deux pérégrinations.

