
LE TEMPS DES CERISES… UNE AMBIANCE DE BOUCHON LYONNAIS EN MODE SAMBRE & MEUSE !
Ce soir, j’ai rendez-vous avec Namur, cette demoiselle capricieuse, fille de Sambre et de Meuse, indécise comme une météo d’avril, et qui, plutôt que de choisir entre ses deux prétendants, les garde tous les deux, parce que quitte à hésiter, autant le faire confortablement. Quand l’un lui fait la cour, l’autre lui fait l’amour… et elle ? Elle les savoure, l’autre et l’un tour à tour, pour l’un, elle est l’acquise, pour l’autre, l’insoumise, mais les deux l’ont conquise et tous les deux l’ont prise…
Mon complice de virée de ce soir, le Sieur Yves, a réservé une table chez Dominique, alias Dodo pour les intimes (et on en est !). C’est une de mes planques favorites dans ce Namur qui murmure en sourdine à l’oreille des romantiques une vieille chanson d’Ute Lemper. Namur n’est pas une ville à visiter, c’est une ville à enlacer, à prendre comme un vieux pull trop doux, qui sent les souvenirs et le bonheur simple.
Merci Yves, pour cette excellente pioche gastronomique, qui éveille en moi des élans d’un lyrisme suranné. Mais… Parsembleu ! On n’est pas venus là pour réciter du Verlaine le ventre vide ! Place au combat de la fourchette et des sentiments !
Entrée en scène… Imaginez un petit feuilleté tout doré, aussi croustillant qu’un baiser volé entre deux gorgées de rouge. À l’intérieur, des Gros Gris de Beuzet (oui, des escargots, mais classe et costauds), mijotés dans une sauce digne d’un poème gastronomique : échalotes, vin blanc, et bien sûr moutarde Bister, parce que même les escargots méritent un peu de piquant namurois. Résultat, un plat qui vous murmure : « Je me la joue velouté, mais je viens du terroir ».
Plats de résistance et d’élégance… Yves part sur les ris de veau, classique mais indétrônable. Moi ? J’étais tenté de faire pareil jusqu’à ce qu’une petite voix me rappelle : « Dites les gars, vous mangez autre chose que des ris de veau parfois ? » Touché ! Je change de cap, cap sur l’Andouillette d’Hargnies, rôtie comme il faut et escortée d’une sauce à la Fourme d’Ambert, un mariage qui sent bon le terroir, et le panache. Alors oui, je sais, l’andouillette divise. Certains disent qu’elle fouette. Moi je dis « Non Môssieu, elle ne fouette pas, elle a du caractère ! » Dans un monde aseptisé où même les burgers viennent avec des QR codes, l’andouillette, rustique et totalement assumée, c’est l’irréductible gaulois qui refuse de plier devant les modes et les palais trop délicats. Elle ne cherche pas à plaire à tous, elle plaît à ceux qui savent !
Pour les curieuzes-neuzes, l’andouillette d’Hargnies est une spécialité charcutière du village d’Hargnies, situé dans les Ardennes françaises, à la frontière de la Belgique. Elle est prisée d’Outre-Quiévrain à Outre-Quiévrechain, y compris même à Namur, où des restaurants comme chez notre Dodo la proposent en plat emblématique. Comparée à sa cousine de Troyes, elle est plus rustique, plus rebelle, plus vraie, comme une vieille 2CV qui roule encore à l’instinct, sans GPS.
Du côté de la théorie des fluides, on se laisse porter par la Loire avec un Franco de Porc 2020 du Domaine de la Chevalerie. Un nom qui sent bon la table ronde et le jambon affiné. C’est un Cabernet Franc charmeur, plein de fruits rouges, de poivre doux et de minéralité. En bouche, ça glisse tout seul, comme une conversation avec un sommelier heureux. Léger, élégant, un vin qui sait parler sans crier.
Fin de bal… Yves opte pour le dessert (parce qu’il a toujours de la place, le bougre), pendant que je fais sobre, à savoir café et pousse-café. Puis chacun regagne ses pénates, le cœur léger et la panse bien calée.

