
Camden, chronique d’un chaos orchestré par Sir Archibald Crumblewit, explorateur en veston froissé et narrateur des marges urbaines… Lecteur, lectrice, Camden, vois-tu, c’est un peu comme si un punk à chien, une duchesse excentrique, un vendeur de fripes, un alchimiste tatoué et un joueur de sitar s’étaient retrouvés coincés dans le même ascenseur un soir de pleine lune, et avaient décidé d’ouvrir un marché. Curieux ? Alors allons-y, bouclez vos bretelles, chaussez vos bottines, et pénétrons ce théâtre à ciel ouvert où l’étrange est monnaie courante et le normal suspect, traversons une fois de plus le miroir !
Dès la sortie de la station de métro, on est happé, aspiré, emporté dans un vortex visuel où les façades des boutiques s’ébrouent comme des bêtes sauvages : bottes géantes qui pendent des murs, dragons sculptés, pantalons à chaînes, et partout des effluves de nouilles sautées et d’encens bon marché. Camden, c’est le cabaret des paradoxes, on y croise des punks originaux et des punks cosplay, des hippies revenus d’Inde et des touristes qui cherchent Amy Winehouse sur Google Maps.
Et puis, comme un îlot dans le maelström, surgit le Camden Lock. Ah, le Lock ! Un ancien marché industriel transformé en bazar onirique, où les passerelles de fer croisent les vapeurs sucrées des food trucks. Mais d’abord, retour en arrière, avec un soupçon de poussière d’époque… Pour comprendre cet endroit, il faut remonter le fil du temps : avant de devenir ce sanctuaire, Camden Lock Market — et plus précisément la zone que l’on appelle aujourd’hui Stables Market — était un vaste complexe d’écuries et de relais pour chevaux, datant du XIXe siècle. À l’époque, le Royaume-Uni roulait à la force équine, et les chevaux de trait étaient les véritables moteurs de l’économie, tirant péniches, wagons de marchandises et charrettes de livraisons. Il fallait bien les loger, les soigner, les ferrer… et parfois, les pleurer. Les Stables, c’était donc des écuries pour chevaux fatigués, des cliniques vétérinaires équines, et même un hôpital pour chevaux (le « Horse Hospital », aujourd’hui reconverti en temple du vintage et du cuir).
Si tu joues bien les « Dora, exploratrice », tu pourrais apercevoir dans les recoins sombres de Camden les statues en bronze de chevaux grandeur nature qui veillent, un brin mélancolique, entre deux magasins de piercings. Camden, un endroit où les anciennes écuries royales abritent aujourd’hui des royaumes de contre-cultures, dans une ambiance de fête foraine post-victorienne à ciel ouvert. Maintenant, Camden, c’est la truffière de l’étrangeté joyeuse, tu y vas pour flâner, tu en ressors avec un chapeau melon, un vinyle bulgare et une irrésistible envie d’écrire des poèmes à ta cafetière. Mais Camden est malheureusement aussi devenu un théâtre de l’insolite et une truffière à excentricités pour touristes en goguette.
Bon, « Trèfle de poésie » comme disait un lapin de Garenne dans un carré de luzerne, nos estomacs sonnent la cloche ! Après avoir longuement erré, nous tombons sur une vaste bâtisse au charme rugueux, terrasse en façade et Roof-top suspendu dans la grisaille londonienne. Le service est plutôt expéditif mais il est vrai que les cuisines s’apprêtent à fermer, et dès lors on commande en rafale. Calamars frits, sauce maison indéfinissable car encore inconnue au tableau de Mendeleïev, et puis le grand classique, l’incontournable Fish & Chips, généreux, croustillant, revigorant. Le tout arrosé d’un rosé sud-africain, Fallows’ View 2024, léger, fruité, et parfaitement aligné avec nos attentes floues. J’avoue, jusqu’à présent on n’a pas fait dans la gastronomie, mais bon, c’est ça aussi un weekend à Londres !

