
J’avais réservé ce midi une table chez « Gueuleton » Bruxelles. C’était sans compter sur les caprices légendaires de la météo belge durant ce court mais récurrent et obstiné épisode hivernal qui, chaque année, parvient à paralyser une large fraction des citoyens du Royaume — preuve irréfutable que la neige reste notre kryptonite nationale. Vendredi soir : calme plat… Samedi matin, dès potron-minet : l’enfer blanc !
Une publication ayant déjà relaté notre folle journée, je vous ferai grâce, cette fois-ci, du récit détaillé des pérégrinations des Pieds Nickelés affrontant le blizzard et les transports publics dignes d’un Escape-Game mal scénarisé.
Contraints de renoncer aux plaisirs de la capitale, nous décidons de regagner le cœur de la Cité ardente par nos propres moyens, autrement dit, à l’ancienne, avec débrouille, mauvaise foi et GPS intérieur approximatif. L’horloge ayant égrené bien trop de secondes, minutes et heures, nous nous empressons de trouver une table charitable, prête à nous accueillir malgré les frimas et l’heure tardive de fermeture des cuisines.
Et là… « Flash nella testa ! » Le neurone frigorifié se réveille : bon sang, mais c’est bien sûr… l’Asti !
Probablement le plus ancien restaurant italien de Liège, aussi bien par sa date d’ouverture (1957) que par son respect scrupuleux de la tradition culinaire. Les générations s’y sont succédé sans jamais dévier du cap, et c’est précisément pour cela — en plus de l’accueil — que nous aimons tant cette maison.
L’incroyable journée des PNF nous a gratifiés d’une soif indicible. Nous avons la gorge aussi sèche que des chercheurs d’or du Klondike après douze heures d’orpaillage, ou que Gengis Khan et ses troupes traversant le désert de Gobi sans gourde isotherme. Aubergiste ! Prego, à boire !! Et du bon !!!
Le choix est rapide : un Pinot Grigio Masi Masianco Vendemmia 2024. Zéro prise de risque : la famille Masi, figure historique de la Vénétie, sait ce qu’elle fait, surtout lorsqu’il s’agit de blancs bien troussés.
Un nez expressif sur les agrumes, les fleurs blanches, la pomme mûre, relevé d’une légère touche mielleuse. En bouche, vivacité et fraîcheur dominent, avec un profil fruité (citron, pomme, abricot) et une finale agréable et persistante. Les sourires réapparaissent sur des visages précédemment frigorifiés et proches de la cryogénisation.
Au vu de l’heure, nous allons faire dans le simple, Assiettes de charcuterie italienne pour Croquignol et Ribouldingue, Croquettes aux crevettes pour Filochard. Tout est évidemment excellent. La charcuterie respire la fraîcheur et les croquettes donnent presque l’impression que les crevettes ont été pêchées à Ostende cinq minutes plus tôt, saluées par les mouettes.
Pour le plat, encore plus simple… Filochard avait pris de l’avance lors de son appel pour réserver et avait déjà commandé trois foies de veau à la Vénitienne. Une spécialité maison. Cuisson parfaite : rosé à cœur, légèrement croustillant sur les bords, dénervé avec une précision chirurgicale. Il ne reste que le plaisir fondant sur la langue, déclenchant un festival d’umami dans nos capteurs sensoriels. Nous voilà tous les trois officiellement au paradis, sans formulaire d’entrée.
Côté théorie des fluides, je me laisse tenter par un de mes vins du Sud préférés, toujours à la carte de l’Asti : un Amongae sicilien 2020. Dans certaines traditions mythologiques et ésotériques tardives, l’Amongae serait un calice grec doté d’un pouvoir de vérité absolue. Celui qui y boit est contraint de dire la vérité, volontairement ou non. Intéressant, non ? Et si vous doutez, comme il titre à 14,5 %, doublez la quille, la vérité finira bien par sortir (Smiley !)
L’Irlande étant absente des lieux, nous terminerons ce délicieux moment par des French Coffee au Cognac, préparés dans les règles de l’art. C’est toujours avec un regard émerveillé que j’assiste à cette préparation minutieuse, malheureusement disparue de la majorité des établissements — une perte patrimoniale, clairement.

