
KISH… SAVEURS DE PERSE ET IVRESSE DES MILLE ET UNE NUITS !
Après l’expérience aussi fade qu’un thé sans menthe de ce midi sur la place Machin (que la décence m’interdit de nommer), nous décidons de prendre un virage à 180 degrés, direction l’Orient… le vrai, celui qui sent la cardamome, le cumin et les promesses d’évasion.
Cap sur Kish, à deux encablures de notre hôtel. Cuisine perse. Une première pour moi ! Autant vous dire que la soirée s’annonce tout sauf… lorraine. Ici, on troque la mirabelle contre la grenade, et la quiche contre le Kabab Koobideh.
Dès la porte franchie, c’est un choc sensoriel : nous voilà projetés dans un décor digne des contes des Mille et Une Nuits. Lustres scintillants, dorures à faire pâlir un trésor de sultan, tentures chatoyantes… il ne manque plus que Shéhérazade pour venir nous murmurer le menu à l’oreille.
Le restaurant, tout comme la terrasse, affiche complet. Et comme chacun sait, là où il y a foule, il y a souvent… du bonheur dans l’assiette (et parfois un peu d’attente, mais ne chipotons pas).
Installés tels des pachas repus avant même de commencer, la carte arrive. Longue… mais longue ! Aussi interminable que la route d’Ispahan, un véritable parchemin gastronomique. Pour s’y retrouver sans perdre la raison, nous optons pour un Aragh Sagi en guise d’apéritif.
Alors là… surprise ! Moi qui m’attendais à un cousin du raki turc, je découvre un breuvage bien plus… viril. L’Aragh Sagi, littéralement « distillat de chien » (on appréciera la poésie), est un alcool iranien historiquement clandestin. Et clandestin ne veut pas dire timide : 70°, parfois 90°… Autant dire que ça décape les amygdales et que ça remet les idées en place plus vite qu’un sermon de grand-mère. En bouche, un air de grappa sous stéroïdes. Bref, une « vodka persane » qui ne plaisante pas.
Pour l’entrée, nous jouons la carte du partage et de la curiosité : assortiment de préparations végétariennes perses, falafels dorés à souhait, houmous soyeux, et surtout… de l’ail vieilli trois ans dans son vinaigre de miel. Oui, trois ans. Autant dire qu’il a eu le temps de méditer sur son existence.
Visuellement, c’est un festival. En bouche, un enchantement. Chaque bouchée est une caresse épicée, un voyage, un petit tapis volant pour les papilles. Mention spéciale à cet ail surprenant, doux et profond, qui mérite sans hésiter son étoile sur le Walk of Fame des condiments.
Une soupe perse viendra compléter ce tableau déjà copieux… à ce stade, nous aurions pu nous arrêter là, repus et heureux. Mais ce serait mal nous connaître. Et puis… quid des plats ?
Et là… arrivent les choses sérieuses. Deux monumentales brochettes : filet d’agneau d’un côté, filet de bœuf de l’autre. Pour ma part, un ragoût d’agneau fondant à souhait. Le tout escorté de légumes et d’un riz Biryani parfumé, aérien, presque mystique. Les portions ? Dignes d’un banquet royal. Les saveurs ? Un feu d’artifice. Un festival. Une symphonie. Bref, impossible de tout terminer… mais quelle délicieuse bataille !
Pour accompagner ce festin, nous nous laissons tenter par un vin perse. Deux rouges à la carte : le Khayyam Royal-Shiraz et le Hafez Shiras Imperial. Notre choix se porte sur le Khayyam, plus structuré, plus généreux, avec une belle profondeur épicée qui épouse parfaitement les plats. Un vin qui raconte lui aussi une histoire… et pas des moindres.
Enfin, nous terminons par des cafés « Persischer Mokka » à la cardamome. Et là, attention : ce n’est plus une boisson, c’est presque une pâtisserie liquide. On le mâche autant qu’on le boit, on le savoure, on s’y perd… et on en redemande.

