
Ce soir, me voilà littéralement enlevé par une faction gastronomico-mafieuse, armée non pas de Berettas mais de fourchettes, de couteaux et de cuillères. Destination : le cœur de la Cité Ardente, où un repaire de bouche inconnu s’apprête à me faire sa loi.
Au détour d’une rue que l’on croirait gardée par des influenceuses médiévales – celles qui ont choisi le silence et la prière plutôt que TikTok – une vitrine attire mon regard. Gusto Pasta. La façade promet déjà une immersion totale en territoire italien.
À l’intérieur, c’est une brigade féminine qui mène la danse. Sourires sincères, « benvenuti » chantants : impossible de douter que l’accueil vient du cœur. En cuisine, Maria, prêtresse du fourneau ouvert, tandis que dans la salle Rosa orchestre le ballet des assiettes avec un humour piquant et quelques traits d’italien qui font voyager avant même la première bouchée.
Une carte suffisamment achalandée nous est proposée, difficile de choisir, j’ai envie de goûter plusieurs préparations, gardons en mémoire que choisir c’est renoncé, nous prendrons dès lors deux entrées et plats différents, et comme souvent avec ce malandrin de Gourmandiseur, nous partagerons.
Ce soir, pour commencer, ce seront un Vitello tonnato – à savoir de fines tranches de veau, une sauce au thon et de la roquette – et une Insalata di Polpo Prezzemolo – donc pour celles et ceux qui ne parlent pas néerlandais, du poulpe, des carottes, du céleri, du persil plat, et ajoutez-y oignon et citron. Un premier sans faute, la tradition et la fraîcheur se donnant la main.
En plats, je succombe aux Paccheroni con Ossobuco : jarret de veau fondant comme un secret bien gardé, sauce généreuse, légumes complices et pâtes courtes qui font chanter la fourchette. Mon acolyte choisit les Rigatoni alla Carbonara, un des plats « signature » de la maison : pancetta grillée, poivre noir, jaune d’œuf trônant comme un soleil sicilien, le tout saupoudré d’un Parmesan en pluie dorée… La vita è bella, et surtout, bien assaisonnée.
Pour étancher cette chevauchée gourmande, un Adènzia Rosso du domaine Baglio del Cristo di Campobello (Sicile, Campobello di Licata près d’Agrigente). Sachez que le nom “Adènzia” provient du dialecte sicilien « dare adènzia », signifiant accorder une attention profonde, écouter avec intensité, une métaphore pour décrire la profondeur et l’identité de ce vin rouge d’excellente facture. Assemblage de Syrah et Nero d’Avola, profond et élégant : fruits rouges, café, poivre, soupçons d’épices et de vanille. Tanins soyeux, bouche chaleureuse, structure impeccable. Un vin qui murmure : « prends ton temps », et qui épouse à la perfection les plats riches de Maria et Rosa, nos deux sœurs passionnées.

