
ESTADIO LOUNGE… BAR IMPROVISÉ POUR GENTLEMEN AFFAMÉS !
Chronique de Wembley, ou comment affronter le ciel, la foule et le poulet frit avec panache…
Ce jour-là, le ciel londonien hésitait entre bruine dépressive et pluie existentielle. Un temps à ne pas lâcher un touriste dehors, même attaché à un parapluie, et encore moins un canard, sauf s’il est d’humeur mélancolique. Mais qu’importe les éléments, les « Fabulous Four », vaillants et bien lestés par un English breakfast roboratif, étaient prêts à affronter la capitale comme un bataillon de Highlanders en kilt face au vent.
Le programme du jour ? Épais comme un brouillard sur Piccadilly : le Royal Air Force Museum au matin — hangars à Spitfires, moteurs rugissants et odeur tenace de kérosène vintage —, suivi, en apothéose, du dernier concert européen de Lynyrd Skynyrd, au sanctuaire musical de l’Arena de Wembley qui résonna sur les riffs sudistes qui appellent à la castagne sentimentale. Bien sûr que vous connaissez… Sweet Home Alabama, where the skies are so blue… Les paroles résonnaient déjà dans nos cerveaux comme une promesse d’évasion à travers les marécages de la nostalgie des confédérés après la guerre de Sécession.
Mais Wembley, ce n’est pas un simple arrêt de métro et pas que l’Arena. C’est aussi une arène à ciel ouvert, un colosse de béton et d’échos, et ce soir-là, c’était double ration : dans le stade voisin, des dizaines de milliers d’âmes se pressaient pour assister au championnat du monde de boxe poids lourd, un duel titanesque entre l’Ukrainien Usyk et le Britannique Dubois. Deux guerriers, un ring, et nous au milieu, coincés entre un food truck de kebabs et une mer humaine en ébullition.
L’estomac, quant à lui, n’est jamais en congé. Affamés comme des poètes au réveil, nous partons en quête d’une table. Mission quasi impossible. Wembley, ce soir-là, c’est le Mordor du casse-croûte. Mais grâce à une stratégie d’infiltration digne du MI6, nous obtenons enfin table au Estadio Lounge. La queue est longue, le portier dubitatif, les gens tentent de nous doubler, mais le Gourmandiseur, vigilant et inflexible, maintient l’ordre culinaire. Finalement, le chef de salle, flairant en nous une grâce certaine — et peut-être un soupçon d’âge — nous installe sur des tabourets de bar, trônes improvisés pour gentlemen affamés.
Nous faisons dans le simple : trois Lounge Burgers, archétype du genre, avec frites en garniture diplomatique. Waterman, toujours en marge, part sur l’axe ibérico-levantin : Houmous, Louisiana Fried Chicken, et Lamb Kofte. Pas mauvais, non. Pas inoubliable, non plus. Une cuisine rapide qui ne trahit personne, mais ne séduit pas non plus. C’est le genre de repas qu’on oublie à peine digéré, comme un rêve de sieste un peu tiède.
Côté boissons, un rosé. Mais pas n’importe lequel. Un rosé qui s’appelle, tenez-vous bien, “Forever Summer by Mirabeau”. À ce stade, ce n’est plus du vin, c’est une déclaration d’intention. Une promesse de couché de soleil dans une bouteille. Est-ce que ça valait la peine ? On ne sait pas. Mais on a bu, donc probablement que oui.

