
On tourne autour de ce rond-point depuis un moment… mais où diable se cache ce Coquo ?!? Eh bien… sous nos yeux, évidemment. Il faut croire qu’Aramis, Athos et Portos n’avaient pas les yeux en face des lames, les Mousquetaires du Roy ne sont plus ce qu’ils étaient côté acuité visuelle. En revanche, côté fourchette, aucun souci à signaler. La vue baisse, l’appétit reste intact !
Cette fois, c’est Portos qui a flairé le repaire de nos futures agapes. Un lieu dont on parle beaucoup, et pas seulement entre gourmets bien informés, puisqu’il a été sacré « Nouveauté Remarquable de l’Année 2026 pour la Wallonie » par le Gault & Millau. Autant dire que ce n’est pas le genre de distinction qu’on gagne en servant des pâtes trop cuites, va falloir assumer maintenant ! À l’angle d’un rond-point donc, un restaurant d’une discrétion presque suspecte. Depuis peu, Corentin Lonnoy et son équipe y font pourtant grand bruit… mais dans l’assiette, pas dans la rue.
Accueil discret et chaleureux. Une accorte jeune demoiselle nous installe à la table de nos futurs ébats culinaires. Le cadre est cosy, confortable, les tables suffisamment espacées pour éviter toute promiscuité. Ce qui est parfait, ce qui se passe au Palais du Louvre reste au Palais du Louvre, y compris — et surtout — les ferrets de la Reine.
A l’apéritif, un Agarrus A Capella des Cévennes, et un Champagne Blanc de Blancs Premier Cru, extra-brut, de chez Fourny et Fils. L’Agarrus, assemblage de Viognier, Grenache blanc et Roussanne, joue la carte de l’aromatique, du fruit et de la structure. Plaisant, efficace, sans esbroufe. Le Champagne ? Parfait, dixit Portos. Et quand Portos parle de bulles, on écoute. Le tout accompagné de chouquettes au fromage et d’une tartelette aux saveurs marines. De quoi mettre tout le monde d’accord avant le premier duel… de plats.
Choix cornélien… Curieux par nature (et par principe), voulant toujours tout goûter, les Mousquetaires optent pour un menu quatre services : deux entrées, un plat, un dessert. Oui, nous aimons vivre dangereusement !
Et c’est parti… Pâté en croûte de canard et foie gras, gel de betterave, graines de moutarde, pickles de girolles et mûres au vinaigre. Saint-Jacques rôties, boudin noir de chez Boca, pomme Granny, sarrasin, pommade de coing et beurre blanc au vinaigre de pommes tardives. Nobashi croustillantes, gratiné de bisque de crevettes, shiso vert, bergamote et pamplemousse.
Certes, nous ne sommes pas à Lyon, mais le pâté en croûte mérite sans rougir un 8/10. Du côté des Saint-Jacques, à mon humble avis, le boudin noir et sa garniture volent (presque) la vedette, voire même méritent un accessit, ce qui n’est jamais anodin. Quant au Nobashi… je reste un peu sur ma faim. Mais qu’est-ce donc, me direz-vous ?
Petit point culture culinaire (oui, même à table) : le nobashi (のばし) n’est pas une espèce de crevette, mais une technique japonaise. La crevette est décortiquée, déveinée, puis étirée en incisant légèrement le ventre pour la rendre bien droite. Nobashi désigne donc la méthode, pas la bête.
Les plats… Filet de faisan, panais au café, croquettes maison à la noisette, tatin de chicon et ail noir, sauce brabançonne, et Dos de cabillaud nacré, fregola Sarda au parmesan, espuma d’oseille, chou Kale et chips de salsifis. Le cabillaud monte sur la première marche du podium, suivi de près par le faisan et sa sauce brabançonne, solide, généreuse, rassurante, comme un bon vieux mousquetaire.
Le coup de grâce… les desserts arrivent, et avec eux, un tonitruant « oufti ! » collectif.
Soufflé chaud à la Chartreuse verte, et Fromages affinés par Pascal Fauville, de la fromagerie « La Table » à Hannut, accompagnés de pain au levain maison, confiture de saison et fruits secs. Pendant qu’Athos rendait un hommage appuyé aux fromages, Portos et moi nous attaquions au soufflé. Une tuerie absolue ! Et la Chartreuse… dois-je encore vous en parler ? Disons simplement que Lyon n’est plus très loin.
Théorie des fluides appliquée… Comme entrées et plats ne jouaient pas toujours dans la même cours et n’étaient pas parfaitement à l’unisson côté timing, nous avons appliqué une règle simple : un blanc et un rouge en même temps. En blanc : Domaine Mondange – Primizia, Île de Beauté. Un vin corse élégant, frais, accessible, plus fruit que muscle. En rouge : Saint-Émilion Grand Cru 2018 – Château Tour Peyronneau. Fruits noirs mûrs, prune, cacao, vanille, épices douces. Une bouche ample, soyeuse, typiquement Merlot, avec une finale longue et délicatement boisée.

